LE DISCOURS QUE J’AI PRONONCÉ A MONTJOURNAL :
Mesdames, Messieurs les représentants des autorités civiles et militaires,
Mesdames, Messieurs les représentants d’associations d’anciens combattants, résistants et déportés,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,
Les trois combattants des Francs Tireurs et Partisans, tombés ici-même il y a 82 ans, ne doivent pas tomber dans l’oubli.
- Marcel ARROUÈS, 22 ans, typographe à Paris puis domestique dans une ferme dans l’Allier ;
- Jean ROBBE, 23 ans, ouvrier agricole ;
- Pierre PINET, 38 ans, cultivateur.
Ces trois combattants connaissaient ici, le 30 août 1944, le même sort que leur jeune cadet Georges BILLY, 19 ans et ouvrier métallo à Vichy, tombé la veille à Bayet lors d’une embuscade face à une automitrailleuse allemande.
Aucun d’entre eux ne doit tomber dans l’oubli, et ils doivent d’autant moins tomber dans l’oubli que leur sacrifice a été consenti dans un triple objectif :
- que la France se libère du joug nazi et du pouvoir collaborationniste de Pétain ;
- qu’elle connaisse les « Jours Heureux » promis par le programme du Conseil National de la Résistance ;
- et que plus jamais elle n’ait à subir les heures sombres du fascisme et de l’asservissement par un pouvoir d’extrême-droite.
Au-delà de l’hommage personnel qui est dû à Marcel ARROUÈS, Jean ROBBE et Pierre PINET, c’est donc le message historique qu’ils nous ont laissé que nous sommes appelés à faire vivre au présent, dans les conditions d’aujourd’hui.
Des conditions qui, si elles sont bien évidemment très différentes de celles d’il y a 80 ans, appellent aujourd’hui plus que jamais à notre plus grande vigilance :
- Les logiques actuelles de surarmement, au plan européen comme au plan mondial, et l’engagement des pays européens dans une « économie de guerre » pour faire face à l’agression criminelle de Poutine en Ukraine ;
- L’arrivée au pouvoir, dans plusieurs pays européens, de partis politiques d’extrême-droite ouvertement xénophobes et antisémites ;
- L’explosion en plein vol des institutions internationales et des règles de vie commune issues de la tragédie de la seconde guerre mondiale ;
- L’approfondissement d’une crise économique et sociale porteuse de rancoeurs et d’humiliations qui, si nous n’y prenons garde, peuvent à nouveau jeter les peuples les uns contre les autres…
Oui, aujourd’hui des « vents mauvais » soufflent à nouveau sur notre pays et sur notre continent. Et nous devons tout faire pour éviter qu’ils mènent à une nouvelle catastrophe.
Voilà pourquoi je pense que toute complaisance avec les héritiers actuels du Maréchal Pétain, en plus d’être une faute politique et morale historique, est une insulte faite à Marcel ARROUÈS, Jean ROBBE et Pierre PINET.
Et je le répète : aucune colère, aucune humiliation, aussi réelles et aussi légitimes soient-elles, ne peuvent justifier de jeter à nouveau notre pays dans les bras de l’extrême-droite, de le précipiter à nouveau dans le choix du pire.
Au contraire : loin de céder au renoncement, aux divisions, à la haine de tous contre tous et à la recherche du bouc-émissaire permanent, ceux de Montjournal nous ont montré la voie à suivre : celle de la solidarité, de la fraternité, du partage, de la foi dans l’avenir. Au plus profond de la nuit noire, avec le Conseil National de la Résistance ils ont su préparer l’avènement des « Jours Heureux » qui, dans un pays dévasté par la guerre, allaient ouvrir la voie des Trente Glorieuses.
A nous d’en être dignes, et de ne pas nous tromper aujourd’hui de chemin.
Je vous remercie.