Le discours que j’ai prononcé, cette année, à l’occasion de la commémoration de l’Appel du 18 juin, au Veurdre :
Mesdames, Messieurs les représentants des autorités civiles et militaires,
Mesdames, Messieurs les représentants d’associations d’anciens combattants, résistants et déportés,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,
Ici, le 18 juin 1940, l’Histoire locale a rencontré l’Histoire nationale.
Ici, le 18 juin 1940, quelques heures à peine avant l’Appel du Général de Gaulle qui restera dans l’Histoire, eut lieu cette bataille héroïque du Pont du Veurdre.
40 combattants Français, sous l’autorité du Capitaine BASTIANI et du Lieutenant LEGRIS, ont vaillamment retardé, pendant de nombreuses heures, l’avancée d’une colonne allemande de 1 000 à 1 500 hommes.
7 d’entre eux y laisseront la vie : le capitaine Paul BASTIANI, le lieutenant Pierre LEGRIS, le sergent-chef Henri MONESTIER, le caporal Maurice LE BOUIDEC et les soldats Georges BICHOT, Jean-Louis HELLIO et René MALLARD.
Le même jour, un Général, jusqu’alors seul et méconnu, s’exprimait depuis Londres.
Dans un discours ciselé d’à peine 400 mots, il faisait entendre le refus de la défaite et de la soumission, appelant les officiers et soldats français à se mettre en rapport avec lui.
Au milieu de la débâcle, au cœur du pire effondrement de notre Histoire, la voix du Général de Gaulle constituait ainsi une réplique cinglante à la déclaration de Pétain, qui, la veille, avait appelé (je cite) « le cœur serré, à cesser le combat ».
D’autres appels, celui du 17 juin de Charles Tillon, celui du 10 juillet de Maurice Thorez et Jacques Duclos, viendront en écho, en cet été 1940, appeler à la Résistance intérieure, pour que, je cite, « Jamais un grand peuple comme le nôtre ne soit un peuple d’esclaves ».
Résistance extérieure et Résistance intérieure : deux conceptions convergentes de la Résistance, qui en conjuguant leurs forces, viendront à bout de l’occupation nazie et ouvriront la voie aux « Jours Heureux », avec l’application à la Libération du Programme du Conseil National de la Résistance.
Ici, au Veurdre, la fameuse ligne de démarcation sépara, pendant de longs mois, la « zone libre » et la « zone occupée », donnant l’illusion d’une France coupée en deux.
Mais immédiatement des réseaux de Résistance se mirent en place sur les deux rives de l’Allier, sur les trois communes voisines du Veurdre, de Château sur Allier et de Livry : les unes en zone libre, les autres en zone occupée, illustrant l’unicité de la Nation française.
Gilbert CHARBONIER et François THURIOT furent de ces Résistants de l’ombre, qui ont continué le combat. En leur hommage, nous avons inauguré une stèle retraçant leur histoire, il y a trois ans.
L’héritage des Combattants du Pont du Veurdre, l’héritage des Résistants de la première heure, l’héritage des Libérateurs de 1945 nous parlent pour aujourd’hui et pour demain.
En effet, « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ».
Voilà pourquoi je pense qu’aujourd’hui, toute complaisance avec les héritiers actuels du Maréchal Pétain est une insulte faite au Général de Gaulle, au capitaine Paul BASTIANI, au lieutenant Pierre LEGRIS, à Gilbert CHARBONIER et François THURIOT, aux Résistants qui ont payé de leur vie la libération de notre pays du joug nazi.
Voilà pourquoi je pense que le plus grand des dangers, aujourd’hui, se situe dans ces nouveaux impérialismes qui émergent partout sur la planète, ces nouveaux élans de nationalisme agressif et belliqueux qui piétinent à nouveau les peuples, les droits humains et les institutions internationales.
Voilà pourquoi je pense qu’il faut, plus que jamais, préserver l’Organisation des Nations Unies, préserver ces équilibres fragiles et ces règles de vie commune issues de la tragédie de la seconde guerre mondiale qui nous ont permis, pendant 80 ans, de vivre dans un ordre mondial que l’on peut considérer comme relativement stable et qui sont aujourd’hui en train de voler en éclats.
Dire cela, ce n’est pas faire preuve de naïveté. Dire cela, c’est affirmer que les enseignements du passé doivent nous conduire à tout faire pour dévier le monde de cette trajectoire funeste, à tout faire pour empêcher le pire.
C’est à mon sens le meilleur hommage que nous pourrons rendre aux victimes de la bataille du Pont du Veurdre ; c’est ainsi que nous conjuguerons au présent l’Appel du Général de Gaulle du 18 juin 1940 ; et c’est ainsi que nous lèguerons sans honte un monde vivable et en paix, à nos enfants et aux générations futures.
Je vous remercie.