Projet de Loi d'Urgence Agricole

Projet de Loi d’Urgence Agricole : Un texte qui ne répond pas aux vrais enjeux de l’agriculture bourbonnaise

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Le Projet de Loi dit « d’urgence agricole » (PLUA) a été adopté par l’Assemblée nationale le 2 juin.

Il contient quelques mesures bienvenues, comme l’extension du cadre d’intervention des SAFER pour préserver le foncier agricole, ou le renforcement des exigences au regard des produits servis dans la restauration collective publique. Je m’en félicite.

Mais au-delà, il rate, à mon sens, les cibles principales de l’urgence agricole actuelle :

  • La question des revenus agricoles
  • Le nécessaire rééquilibrage de la répartition de la valeur ajoutée tout au long de la chaîne de production
  • De nouveaux pouvoirs d’intervention des agriculteurs dans la détermination des prix d’achat.
  • Et il fait totalement l’impasse sur l’enjeu vital du renouvellement des générations en agriculture.

De même, la lutte contre les concurrences déloyales est décisive mais elle suppose d’abord de rompre avec la dissolution progressive de la politique agricole commune et la frénésie d’accords de libre-échange.

Concernant les dispositions en matière de gestion de l’eau, je ne suis pas de ceux qui s’opposent à tout projet de stockage : des dispositifs intelligents sont d’ailleurs mis en œuvre depuis des années dans l’Allier, par exemple sur le bassin de la Sioule. Mais les articles adoptés dans le PLUA (visant pour l’essentiel d’autres régions et d’autres systèmes de production que les nôtres) risquent de déstabiliser le fragile cadre existant de la gestion de l’eau par bassin versant, et d’accentuer les conflits d’usage aux dépens d’une gestion démocratique cohérente par bassin, que les contraintes climatiques nouvelles rendent pourtant indispensables.

Au global, ce texte m’apparaît très éloigné des problématiques et des besoins de l’agriculture bourbonnaise : dans l’Allier, notre modèle agricole repose sur une agriculture à taille humaine, créatrice d’emplois locaux, de produits de qualité, respectueuse de l’environnement.

En quoi ce projet de loi, dans l’Allier, permet-il de répondre aux difficultés du système bovin allaitant en polyculture élevage ? En quoi va-t-il faciliter le renouvellement des générations, à l’heure où la moitié des chefs d’exploitation aura atteint l’âge de la retraite en 2030 ? 

Au contraire : certains articles du PLUA me semblent accompagner le glissement vers une agriculture toujours plus alignée sur les standards internationaux (justement ceux que nous dénonçons en refusant les accords de libre-échange), au risque de détériorer le lien avec l’opinion publique et de porter un coup fatal à nos structures familiales, au détriment de l’emploi, de la qualité des productions, de la sécurité sanitaire, de l’environnement et de la transmissibilité des exploitations.

Après avoir mesuré les avancées et les reculs que j’ai identifiés dans ce texte, je me suis au final opposé à ce projet de loi. En toute humilité et sans certitude absolue, car différentes conceptions existent de ce que doit être notre modèle agricole et je note que ce projet de loi fait d’ailleurs débat au sein-même de la profession agricole. Mais avec en tête une seule chose : la défense des intérêts de nos agriculteurs bourbonnais, et de nos systèmes de production locaux. Je suis pour ma part certain qu’ils s’en souviendront.